Polar Sea 360°

Épisode 06

Le choc des cultures

Quel avenir à Pond Inlet ? Map it

Par Abbie Ootova Angnestisak, artiste Inuit et ambitieuse mère de famille de 21 ans qui intervient dans Polar Sea 360°. En s’interrogeant sur ses propres rêves et aspirations, Abbie soulève certains des problèmes que la jeunesse Inuit doit affronter, et c’est sans oublier sa propre expérience de la douleur liée aux suicides dans la communauté de Pond Inlet.

Pond Inlet, Nunavut

Je m’appelle Abbie. Je suis née à Iqaluit, mais j’ai toujours vécu à Pond Inlet. Pendant mon enfance, chaque printemps, été et automne, ma famille partait pêcher, chercher des œufs d’oie, chasser l’oie, le phoque et les autres animaux de l’Arctique. Durant l’été, les hommes quittaient le camp pour aller chasser et les femmes confectionnaient des habits, cueillaient des myrtilles et du qijuktaa (une plante que l’on brûle avant de la manger).

«le Nunavut détient le record de suicides au Canada, mais aucune aide n’est apportée»


Je suis chanteuse de gorge. C’est ma sœur Lorna qui m’a initiée lorsque j’avais 10 ans. J’adore le chant guttural parce qu’il fait partie de ma culture et aussi de mon travail. L’été, je me produis pour les touristes qui arrivent à bord de leurs bateaux de croisière et nous leur présentons tout ce que nous faisons dans notre communauté.

Notre communauté est belle, respectueuse et paisible, mais les jeunes à Pond Inlet sont exposés au harcèlement, aux drogues, à l’alcool, au suicide et à bien d’autres maux qui leur font abandonner leurs études.

Aujourd’hui, le Nunavut compte plus de suicides parmi les jeunes que jamais auparavant. Il y en a tout le temps : tous les ans, plusieurs fois par an, en hiver, en été, au printemps ou à l’automne. Sept de mes anciens camarades de classe ont fait une tentative de suicide. C’est un constat douloureux pour moi. Ce sont des gens que je connais depuis la maternelle et ils doivent affronter de terribles difficultés. Lorsque nos adolescents éprouvent de la tristesse ou de la colère, ils optent pour le suicide parce qu’ils se sentent incapables de surmonter leurs problèmes. Il leur semble qu’il n’y a aucune issue à leur mal-être.

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«Je pense que les adolescents choisissent de se suicider parce qu’ils n’ont personne à qui parler»

Je ne sais pas exactement pourquoi les gens se suicident mais je sais qu’il n’y a pas de raison unique. Nous vivons dans une très petite communauté et je crois que ce qui cause toute cette colère c’est qu’ils ne trouvent aucune solution à leurs problèmes. Pour une raison ou une autre, les gens sont tourmentés et comme ils n’en voient pas la fin, ils se suicident. D’après mon expérience, il n’est pas possible d’échapper à la colère dans une petite communauté. Il n’y a rien à faire, il n’y a pas d’échappatoire.

Je pense que les adolescents choisissent de se suicider parce qu’ils n’ont personne à qui parler. Ils sont nombreux à avoir connu des expériences traumatisantes, à avoir subi des viols ou des actes de violence extrême et ils doivent en porter le fardeau tout seuls. Il se passe plein de choses dans leurs têtes, mais s’ils ne peuvent en parler à personne et s’ils ne peuvent pas suivre de thérapie, ils continuent à se détruire eux-mêmes.

Il y a sept ans, ma meilleure amie qui était aussi ma nièce s’est suicidée à côté de notre maison. C’est mon père qui l’a trouvée et j’étais la première à l’apprendre. C’était très dur de voir mon père comme ça, de voir la douleur sur son visage. C’était très dur pour moi aussi ; je ne trouve pas les mots pour exprimer ma colère, mon désespoir et mes regrets de n’avoir pas fait plus. J’aurais dû l’encourager à parler plus. On se pose beaucoup de questions quand on traverse une épreuve comme celle-là.

Je ne pouvais plus parler après cette expérience, pas même à ma famille. Je ne voulais faire de mal à personne. Je ne voulais plus aider personne parce que je ne pensais qu’à elle. La culpabilité était énorme. Comme j’ai moi-même connu le suicide de quelqu’un de très proche, je peux comprendre qu’on soit plus sensible et instable après cela, plus enclin à se tuer même pour une broutille.

«C’est terrible de voir des adolescents mettre fin à leur jour, mais ce n’est pas une fatalité»

C’est terrible de voir des adolescents mettre fin à leur jour, mais ce n’est pas une fatalité. Notre communauté devrait lutter contre le suicide. Le phénomène touche tout le monde autour de la victime et l’impact est encore plus fort si les autres jeunes ont déjà eu des idées morbides. Les journaux télévisés montrent bien que le Nunavut détient le record de suicides au Canada, mais aucune aide n’est apportée. S’il y avait plus d’infrastructures pour les jeunes à Pond Inlet, comme un psychothérapeute ou une salle pour les jeunes, la situation pourrait changer, pas seulement ici, mais dans tout le Nunavut. J’adorerais apporter mon aide.

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«La joie revient dans mon cœur et je peux enfin parler à nouveau»

Et nous, les jeunes, nous devons être plus forts. Les difficultés passeront. Si tu es jeune et que tu es confronté au suicide, il faut te secouer et entreprendre quelque chose. Ne rumine pas constamment des pensées négatives. Fais des choses que tu aimes. Un hobby peut t’aider à affronter tes difficultés. Moi j’aime me produire sur scène, ça m’aide énormément.

J’ai commencé à prendre des cours de théâtre à l’âge de 10 ans et à 16 ans je traversais le Canada pour présenter Night, une pièce magnifique sur les problèmes actuels des Inuits du Canada, j’avais le rôle principal. Le théâtre est ma passion, il me permet d’exprimer ma personnalité. Lorsque je suis sur scène, je suis fière et je me sens forte. On apprécie mon talent et je me sens honorée lorsque je suis choisie pour un rôle. La joie revient dans mon cœur et je peux enfin parler à nouveau. Je suis heureuse d’être là.

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Comprendre le suicide au Nunavut Map it

Cet article pose le contexte historique à l’origine de l’actuelle recrudescence de suicides au Nunavut, à partir d’extraits du Rapport 2010 sur la stratégie de prévention du suicide au Nunavut produit par le gouvernement du Nunavut, la Nunavut Tunngavik Inc., l’ONG Embrace Life Council et la division « V » de la Gendarmerie royale du Canada.

Nunavut, Canada

Le suicide affecte la vie de tous les Nunavummiuts. Le nombre élevé de décès, concentré surtout chez les jeunes Inuits, est un problème notoire au sein du territoire. Peu de peuples ont connu un nombre aussi élevé de suicides que les Inuits du Nunavut au cours des 40 dernières années et peu de territoires en ont subi en conséquence un tel traumatisme. Les Nunavummiuts ont été exposés au suicide de manière si directe et si régulière qu’ils ont fini par accepter la situation comme étant normale. Malgré cela, il s’est avéré extrêmement difficile d’aborder ouvertement cette question au Nunavut, que ce soit au niveau personnel, familial, communautaire ou politique.

«Au cours des vingt à trente dernières années, des centaines d’Inuits ont mis fin à leurs jours»

Auparavant, la société inuit enregistrait un taux de décès par suicide très faible. Comme dans toutes les autres sociétés, il y avait des suicides, mais ils étaient peu fréquents et concernaient rarement les jeunes. Comparativement, au cours des vingt à trente dernières années, des centaines d’Inuits ont mis fin à leurs jours, propulsant le taux de suicide au Nunavut bien au-delà de la moyenne canadienne (graphiques 1 à 3). La majeure partie de ces décès est recensée parmi les jeunes hommes inuit, bien qu’ils ne constituent pas le seul groupe à risque. Si le taux de décès par suicide au Nunavut est moins élevé chez les femmes que chez les hommes, le taux de suicide féminin y reste bien plus élevé qu’au Canada.

Pour la plupart des gens, experts ou béotiens, ce taux élevé de suicide trouve son origine dans le traumatisme historique subi par les Inuits au Nunavut. Presque tous les facteurs expliquant ce taux sont liés au changement sociétal rapide et radical qui s’est produit au Nunavut et la plupart des débats portant sur la prévention du suicide mettent l’accent sur la manière de contrebalancer ces changements.

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«Le taux de suicide élevé observé dans le Nunavut est lié à un changement sociétal extrêmement rapide et radical»

Si, pendant des siècles, les Inuits ont eu toutes sortes d’échanges avec les chasseurs de baleines, les missionnaires et les commerçants de fourrures, la plupart d’entre eux estiment que le véritable traumatisme pour leur société s’est produit après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les politiques du Gouvernement canadien ont contraint les Inuits à quitter leurs campements saisonniers pour s’établir dans des communautés permanentes nouvellement créées. Les valeurs du Sud ont été imposées dans ces collectivités : introduction de l’économie basée sur les salaires, scolarisation obligatoire pour les enfants, substitution du système de justice canadien au système de justice inuit traditionnel, construction d’habitations inadéquates et de qualité inférieure aux normes d’habitations en vigueur dans le Sud, et mise en place d’un contrôle étroit du fonctionnement de chaque communauté par des administrateurs non-inuit. Selon les Inuits, cette période de transition a entraîné chez eux une immense perte d’autonomie.

Ces bouleversements de la société inuit ont eu des conséquences dévastatrices. La première génération d’enfants à avoir grandi dans ces communautés, puis les suivantes, incarne une transition fondamentale au sein de la société inuit, une rupture avec le mode de vie traditionnel et un glissement vers une cohabitation des valeurs inuit et des valeurs du Sud. Les générations d’Inuits vivant dans les communautés sédentaires peinent à trouver un équilibre souvent précaire entre deux cultures très différentes.

Ces nouveaux environnements physiques et sociaux ont également eu de multiples répercussions sur la santé des Inuits, et la propagation rapide de maladies infectieuses et respiratoires, notamment la tuberculose, a eu un impact particulièrement néfaste sur leur société. La tuberculose a atteint des proportions épidémiques dans ces communautés et au cours des années 1950 et 1960, de nombreux Inuits ont été emmenés par bateau vers des institutions du Sud pour y recevoir des traitements. Beaucoup sont morts dans le Sud et, pour d’autres, il a été très difficile de renouer avec leur famille et leur communauté.

 
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«La plupart des Inuits pensent qu’en décidant de regrouper les populations inuites de force, le gouvernement du Canada a fait subir au peuple inuit ses plus graves traumatismes»

L’époque de la sédentarisation a également coïncidé avec l’imposition du système des pensionnats, qui a causé de graves traumatismes chez les enfants inuit et leurs familles. Dans ces écoles, beaucoup d’enfants ont perdu la langue inuit, certains parce qu’on leur interdisait violemment de la parler, même lorsque c’était la seule langue qu’ils connaissaient. Les étudiants ont été privés de contact régulier avec leur famille à l’époque la plus formatrice de leur vie, ce qui les a empêchés d’acquérir certaines compétences indispensables dans la vie sociale inuit. Beaucoup d’entre eux ont été victimes d’abus sexuels et de mauvais traitements psychologiques ou physiques pendant leur internat.

Les parents, les frères et sœurs aînés et les familles au sens large ont également été choqués par cette situation. Lorsque les enfants retournaient dans leur communauté, ils avaient beaucoup changé. Un grand nombre d’entre eux avaient perdu la faculté de faire confiance aux autres, en raison du traumatisme et des mauvais traitements subis au pensionnat. De plus, comme il était enseigné aux élèves que tout ce qui se rapportait aux pratiques culturelles inuit était mauvais, ces enfants étaient réticents à accepter les connaissances que leurs parents ou leurs grands-parents tentaient de leur transmettre. En définitive, les jeunes de cette génération ne sont jamais parvenus à acquérir ni à mettre en pratique dans leur vie les solides compétences sociales et les connaissances traditionnelles inuit. Ils n’ont donc pas pu, non plus, les transmettre à leurs propres enfants.

«Il faut d’abord comprendre les traumatismes historiques pour pouvoir espérer rompre leur cycle dans le Nunavut»

Le traumatisme vécu par les Inuits au cours de cette période de transition vers la sédentarisation a eu un profond impact sur toutes les générations suivantes, car un grand nombre de ceux que ces bouleversements avaient affectés en premier lieu ne s’en sont jamais remis. Ce traumatisme non résolu les a souvent empêchés de composer sainement avec le stress. En conséquence, ils ont souvent adopté des comportements destructeurs tels que la consommation abusive d’alcool, les mauvais traitements sexuels, physiques et psychologiques, la négligence envers les enfants et la perpétration de crimes violents. Il est à noter que le taux élevé de suicides a émergé au sein de la première génération de jeunes inuit à avoir grandi dans ces communautés. En l’absence de méthodes de traitement adéquates, un cycle de traumatisme continu s’est créé puis transmis de génération en génération. Un phénomène appelé « transmission intergénérationnelle des traumatismes historiques ».

Le principe, aujourd’hui admis, selon lequel un traumatisme peut se transmettre d’une génération à l’autre ne saurait excuser les préjudices portés à d’autres par les personnes atteintes. L’examen des causes profondes du traumatisme historique dont souffre le Nunavut ne permet pas non plus d’affirmer que le taux de suicide actuel repose sur ce seul élément. En revanche, la compréhension de ce traumatisme historique et du mécanisme par lequel il se transmet de génération en génération est une première étape incontournable en vue de parvenir à rompre ce cercle vicieux au Nunavut. Ces conclusions aideront à la mise en place de méthodes de soins mieux adaptées et permettront, en définitive, de mieux comprendre comment prévenir le suicide au Nunavut.

Pour consulter la stratégie complète de prévention du suicide au Nunavut et le plan d’action, cliquez sur le lien suivant: www.gov.nu.ca/sites/default/files/files/nsps-fr.pdf

 

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Une partie de golf dans l’Arctique Map it

Par Manfred Becker, réalisateur et monteur germano-canadien. Ses films sont souvent consacrés à des histoires personnelles et aux traumatismes liés à des situations actuelles ou passées. Il partage ici un point de vue personnel sur les expériences qu’il a vécues en tant que réalisateur des épisodes de Polar Sea 360° tournés à Gjoa Haven et Cambridge Bay.

26 août - Gjoa Haven, Nunavut

Gjoa Haven, Nunavut, un soir de fin d’été. Le vent du nord souffle fort. La température est descendue largement en dessous de zéro. Pourtant, Joseph Kaniak et son fils sont sortis jouer au golf. Ils jouent dès qu’ils le peuvent, puisqu’ils ignorent quand les premières neiges mettront un terme à leur saison qui dure à peine deux mois, dans le meilleur des cas. Alors, ce soir, ils joueront neuf trous et pas un de moins. Il n’y a pas un brin d’herbe, rien qu’un mélange de sable graveleux et de touffes de végétation éparses. Le « terrain » ressemble plus volontiers à une carrière de gravier et les obstacles sont donc tout trouvés. M. Kaniak transporte avec lui tout au long du parcours un gros stock de balles de golf, qui semblent s’évanouir dans le paysage.

La famille Kaniak regarde le golf avec avidité à la télévision. Tiger Woods est leur héros et ils espèrent secrètement que le PGA Tour passera un jour par Gjoa Haven. Au vu de l’impact du réchauffement climatique, ce rêve n’est peut-être pas si loin de devenir réalité. Avec l’adoucissement des températures, leur saison de golf se prolonge d’année en année. Dans un avenir pas si lointain, la période de chaleur pourrait durer suffisamment longtemps pour permettre de planter du gazon. Il existe déjà un green parfaitement entretenu à Yellowknife, à peine 675 km plus au sud.

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«Pour les personnes que j’ai interrogées à Gjoa Haven, les effets immédiats du réchauffement climatique sont plutôt positifs, pour la majorité»

J’imagine que l’idée d’une partie de golf dans l’Arctique ne correspond pas tout à fait à l’image stéréotypée que les Européens ont du Nord, terre mythique des icebergs, des ours polaires et des adeptes du chant guttural. Mais comme toujours, la réalité déconstruit le mythe. Dans les régions du Sud, le réchauffement climatique génère la plupart du temps des réactions d’inquiétude, allant d’avis scientifiques formulés avec prudence (« Il est encore bien trop tôt pour le dire…») aux cataclysmes annoncés par les organisations environnementales (« Manhattan sera bientôt engloutie… »).

Pour les personnes que j’ai interrogées à Gjoa Haven, les effets immédiats du réchauffement climatique sont plutôt… eh bien… positifs, pour la majorité. Les étés étant plus longs, les familles peuvent sortir chasser sur le continent et rapporter de la nourriture fraîche, ce qui permet de limiter les achats à l’épicerie locale, où acheter des provisions pour une famille entière revient facilement à 400 euros. Ils ont également constaté des évolutions de la faune et de la flore. Aujourd’hui, on trouve davantage de poissons et la végétation est également plus riche en raison des températures plus douces. Mais la plupart d’entre eux considèrent ces changements comme des « évolutions » qui font partie de la vie, perpétuelles et inévitables.

Certains habitants d’ici m’ont dit de but en blanc : « Je n’ai pas le temps de spéculer sur l’avenir de l’humanité. Je dois faire face à des besoins immédiats. ». Certes, l’hiver, la fragilisation de la glace rend plus dangereuse la conduite en motoneige et il est plus fréquent de rencontrer des ours polaires, qui s’aventurent de plus en plus près des villages en quête de nourriture, mais il y a aussi du positif à l’horizon : la fonte des glaces du passage du Nord-Ouest favorisera le développement économique. Or, cela pourrait permettre de réduire la pauvreté dans le Nord, où elle se rapproche actuellement du niveau des pays du Tiers-Monde.

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Amundsen à Gjoa Haven Map it

Par Stephen Bown, auteur de The Last Viking, the Life of Roald Amundsen

Gjoa Haven, Nunavut

Le 9 septembre 1903, Amundsen découvre une petite baie abritée où hiverner. Elle les protégera des blocs de glace qui parsèment les eaux libres, ainsi que du vent polaire glacial, et leur offrira même l’accès à des sources d’eau douce. Il baptise le lieu « Gjoahavn », aujourd’hui la ville canadienne de Gjoa Haven, et y amarre la petite embarcation qui restera prisonnière des glaces deux années durant.

«Pour Amundsen, le passage du Nord-Ouest recèle un trésor: les connaissances et la technologie employée par les autochtones»

Amundsen et son équipage ont espoir de trouver à Gjoa Haven de nouveaux compagnons qui les délivreront de l’isolement. Ils aperçoivent bientôt cinq étrangers emmitouflés dans des peaux de caribous ébouriffées qui descendent d’une colline, des arcs dans le dos. Le trio, « armé jusqu’aux dents », part alors d’un pas leste au devant de ces hommes. Quand les autochtones comprennent que les Norvégiens ne sont pas armés, (les armes à feu leur étant jusqu’alors inconnues), ils s’avancent, souriants, et prononcent quelques mots à haute voix. De part et d’autre, on éprouve un sentiment de joie et d’excitation. Cette rencontre réussie signe le début d’une coopération et d’une alliance qui dureront plusieurs années.

A mesure que la nouvelle de cette rencontre amicale se répand dans la région, différents groupes d’Inuit viennent séjourner quelque temps à Gjoahavn. Helmer Hanssen raconte que le processus d’apprentissage fut long, des deux côtés : « Lorsque nous parlions en langue esquimau, ils croyaient que nous parlions norvégien et quand ils s’essayaient au norvégien, nous croyions entendre de l’esquimau. Mais nous nous comprenions plutôt bien et nous avions de longues conversations. »

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Pour Amundsen, le passage du Nord-Ouest recèle un trésor : les connaissances et la technologie employée par les autochtones, dont il sait qu’il aura besoin. Son ouverture d’esprit à l’égard des peuples étrangers et ses idées novatrices ont contribué au succès de ses expéditions en Arctique et en Antarctique. Il acceptait leur culture en tant que telle, sans jamais romancer le mode de vie de ces peuples, qu’il considérait comme des égaux. « On dit souvent des Esquimaux qu’ils sont fainéants, » songeait-il, « qu’ils sont de mauvaise volonté et ont tous les défauts imaginables. Une chose est sûre, c’est faux. » Au cours du premier hiver, tous les membres de l’équipage ont fait du troc pour se procurer des vêtements en peau de caribou de la meilleure qualité. « Le thermostat indiquait – 55°C. Je peux dire par expérience que, dans ces régions, les vêtements d’hiver des Esquimaux sont autrement plus efficaces que ceux que nous utilisons en Europe. »

«Mon vœu le plus sincère à l’égard de nos amis, les Esquimaux Nechilli, est que la civilisation ne les trouve jamais»

Plusieurs semaines durant, Amundsen poursuit son apprentissage auprès des Netsilik. Il engage un aîné pour enseigner aux Norvégiens les techniques de fabrication des igloos. Bientôt, des dizaines de dômes neigeux parsèment tous les alentours de Gjoahavn. Amundsen raconte : « le vieux Teraiu, qui ne parvenait pas à comprendre pourquoi nous bâtissions tant de huttes, agita la tête d’un air dubitatif et s’exclama : ‘Iglu amichjui – amichjui – amichjui !’. Ce qui signifie : ‘Il y a affreusement trop de maisons !’ Mais de ce point de vue également, nous parvînmes à nos fins : nous finîmes par devenir d’excellents bâtisseurs de maisons. »

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Au cours d’une autre expédition, les traîneaux s’embourbent dans la neige. Amundsen, ainsi que deux de ses compagnons, remplacent les animaux exténués et tirent eux-mêmes l’un des traîneaux. « À l’issue d’un effort ininterrompu du matin jusqu’au soir, nous parvînmes à peine à parcourir six kilomètres. Je compris alors que ce type de matériel ne faisait plus l’affaire. » Il découvre alors la technique consistant à revêtir de glace les patins des traîneaux pour permettre un glissement plus fluide. Et il décide d’en apprendre davantage sur l’entraînement des chiens et les soins nécessaires à leur survie en milieu polaire. Pour les Inuit, l’exploitation des chiens est une question de vie ou de mort. Ce sont des bêtes de somme traitées avec dureté, et non des animaux de compagnie, comme en Norvège.

Amundsen perfectionne ses techniques de survie en milieu polaire au cours des deux années qu’il passe dans le passage du Nord-Ouest. Lorsqu’il entreprend sa fameuse conquête du pôle Sud, plusieurs années plus tard, son projet repose essentiellement sur un mélange de techniques norvégiennes et inuit. Dans son ouvrage, Le Passage du Nord-Ouest, Amundsen décrit les coutumes inuit, leur culture matérielle, et relate la nature de ses échanges avec ce peuple. « Les Esquimaux, qui vivent totalement coupés du reste de la civilisation, sont sans aucun doute le peuple le plus heureux, le plus sain, le plus honorable et le plus satisfait d’entre tous… Mon vœu le plus sincère à l’égard de nos amis, les Esquimaux Nechilli, est que la civilisation ne les trouve jamais. »

Le 13 août 1905, la banquise a suffisamment fondu et les mesures scientifiques sont terminées. L’équipage norvégien du Gjoa laisse à ses hôtes locaux des cadeaux d’une valeur inestimable et met le cap vers l’Ouest, en direction de l’inconnu. « Ils nous firent des signes, jusqu’à ce que nous les perdions de vue, probablement en guise d’adieu. » raconte Amundsen.

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Tout s'arrête pour le Premier ministre Map it

Dans l’un des passages tournés à Gjoa Haven pour The Polar Sea 360°, Manfred a filmé les festivités locales célébrant la toute première visite d’un Premier ministre canadien au sein de la communauté.

26 août - Gjoa Haven, Nunavut

Notre équipe a établi son campement dans une auberge de Gjoa Haven, un hameau du Nunavut. Avec 4 hommes dans l’équipe, les douches et les toilettes fonctionnent à plein régime ces temps-ci. Un jour, la chasse d’eau tombe en panne au pire moment. Je vais voir le propriétaire des lieux pour l’avertir. Charlie, un Terre-Neuvien, ne semble pas surpris : « Bienvenue à Gjoa Haven, mon pote ! » Charlie m’explique que dans le hameau l’eau potable est distribuée par camion citerne et que les eaux usées sont pompées par le camion de vidange. Une fois que le réservoir de vidange est plein, la distribution d’eau est automatiquement coupée pour que les eaux usées ne débordent pas. Les gens appellent la mairie pour qu’elle envoie un camion de vidange et que la distribution d’eau potable soit rétablie. Sauf que ça se passe rarement comme ça, pour diverses raisons. Charlie me raconte qu’un jour, il a loué une maison à des garagistes de passage et qu’ils sont restés sans eau pendant 8 jours. Et ils continuaient de travailler avec le cambouis et tout… Il me montre son bail, sur lequel est précisé en toutes lettres que le propriétaire ne peut garantir la distribution d’eau, vu que ça ne dépend pas de lui. Ici, les gens ont l’habitude. C’est comme ça. C’est comme les coupures de courant, l’interruption du signal wifi ou du réseau mobile.

Mais aujourd’hui, Charlie est inquiet. On attend la visite du Premier Ministre canadien. Après une nuit sur le terrain, il aura besoin de se rafraîchir avant d’assister à une présentation faite par la communauté locale. « Harper doit prendre une douche vers 10h du matin dans une de mes autres maisons d’hôtes. Imagine qu’on lui coupe l’eau en plein milieu… »

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«Lorsque Stephen Harper entre enfin dans l’auditorium de l’école, douché de frais, les gens du hameau l’acclament comme une rock star»

C’est la première fois que le Premier Ministre canadien fait le déplacement jusqu’ici et les habitants sont en émoi. Tous les bateaux disponibles et véhicules tout-terrain ont été loués par des fonctionnaires du gouvernement à Ottawa et le hall de l’hôtel a été transformé en centre opérationnel. Les habitants n’ont pas le droit d’y pénétrer. Des avions Hercules, ces gigantesques oiseaux militaires gris, atterrissent toutes les heures sur la minuscule piste pour déverser encore plus de collaborateurs du Premier Ministre, ainsi que des fournitures et du matériel. Un navire de la Garde côtière canadienne a jeté l’ancre dans la baie, un hélicoptère sur son pont. Le cirque est arrivé en ville. C’est étonnant ce qu’on arrive à faire quand on veut !

Quand j’interroge les habitants sur la venue du grand homme, on me répond par des haussements d’épaules. Si les habitants de Gjoa Haven ont des réserves sur cette débauche de moyens et l’usage des fonds publics pour le Premier Ministre et son entourage, ils ne les expriment pas en public. Lorsque Stephen Harper entre enfin dans l’auditorium de l’école, douché de frais, les gens du hameau l’acclament comme une rock star. « On est content que le Premier Ministre vienne enfin dans notre pays, ça prouve qu’il nous voit », dit quelqu’un en souriant.

Les habitants de Gjoa Haven risquent à tout moment d’avoir droit à un camion rempli de merde et d’être privés d’eau pendant plusieurs jours. Notre Premier Ministre a fait venir son bois de chauffage du sud, pour passer une nuit « à la dure » sur le terrain.

J’aurais aimé qu’on lui coupe l’eau au beau milieu de sa douche. Il aurait peut-être compris.

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Un système qui vous aide en Arctique Map it

Par Jean-Pierre Lehnert, officier des Services de Communication et de Trafic Maritimes (SCTM) auprès des garde-côtes canadiens, à Iqaluit, territoire de Nunavut.

Iqaluit, Nunavut

Les garde-côtes canadiens ont 22 centres au Canada. En tant qu’officier SCTM, j’aide à coordonner le trafic dans les eaux de l’Arctique, le long du passage du Nord-Ouest. Les activités diffèrent d’un centre à un autre, mais généralement nous restons à l’écoute des fréquences radio marines – notamment les très hautes fréquences (VHF) -, nous répondons aux appels de détresse et nous communiquons les besoins des navires à ceux qui sont sur le littoral. À Iqaluit, la zone que nous gérons est sans aucun doute la plus grande du pays. Elle s’étend de la frontière du Groenland à celle de l’Alaska, descend jusqu’à la baie d’Hudson et monte jusqu’au pôle Nord. Nous avons aussi la charge du fleuve Mackenzie, qui est long d’environ 1500 kilomètres.

«Le changement des conditions de la glace a allongé la saison de navigation, et il a une incidence sur ceux qui entreprennent la traversée»

Nous gérons tout le trafic sur les eaux de l’Arctique, ce qui en été, au plus fort de la saison, peut représenter jusqu’à 75 navires en même temps. À la fin de la saison, jusqu’à 350 voyages différents se sont déroulés ; certains navires font plusieurs voyages chaque saison. Le changement des conditions de la glace a allongé la saison de navigation, et il a une incidence sur ceux qui entreprennent la traversée. Il y a aussi des bateaux de plaisance et même des kayaks ou des Jet-Skis. Il y a 20 ou 30 ans, la glace rendait la traversée presque impossible. Huit ans auparavant, seuls trois ou quatre navires de plaisance empruntaient le passage du Nord-Ouest.

La Garde côtière d’Iqaluit s’assure que tous les navires qui entrent dans les eaux de l’Arctique canadien respectent : – la réglementation sur le transport prévue par la loi sur la marine marchande du Canada, – la loi sur la protection de l’environnement, – et le règlement sur la zone de services de trafic maritime de l’est du Canada. Les bateaux doivent nous donner les copies de différents certificats avant que la Garde côtière et le service des Transports accordent l’autorisation de poursuivre dans les eaux canadiennes.

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«Il y a quinze ans nous communiquions encore avec les navires à l’aide du Morse»

Cette réglementation ne s’applique pas aux navires de moins de 300 tonnes, ce qui veut dire que les bateaux de plaisance qui empruntent le passage du Nord-Ouest ne sont pas obligés de se faire connaître. Certains le font pour des raisons de sécurité : ils préfèrent que nous sachions où ils se trouvent et ce qu’ils font. D’autres ne nous contactent que s’ils ont besoin d’une assistance. Nous avons un système de localisation par satellite qui nous permet de repérer tous les navires, mais pour qu’ils apparaissent sur nos écrans radar, leurs transpondeurs doivent avoir été activés au préalable.

Même quand nous avons leurs positions, cela ne veut pas dire pour autant que tout se passe bien à bord, alors nous aimons garder le contact avec eux. La communication dans les eaux de l’Arctique a beaucoup changé avec les années. Il y a quinze ans nous communiquions encore avec les navires à l’aide du Morse. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour nous pourrions parler au téléphone avec un navire en train de traverser le passage du Nord-Ouest. Aujourd’hui, c’est la routine. Aussi, nous restons à l’écoute constante des fréquences de détresse, 24 heures sur 24. Il nous arrive de recevoir des appels « Au secours ! », mais pas très souvent.

Il y a quelques années, un voilier s’est retrouvé pris dans les glaces, près du détroit de Franklin, durant une grosse tempête. Quand ils nous ont appelé pour avoir des conseils, ils nous ont dit qu’ils avaient un bébé à bord. Ils étaient terrifiés. Imaginez-vous pris dans les glaces, inquiet de perdre votre bateau et de devoir débarquer au milieu de nulle part. Ils étaient paniqués, mais de notre côté, nous savions que le vent allait tourner durant la nuit et libérer leur bateau de la glace. En attendant, le voilier qui était prisonnier essuyait un temps affreux. La météo était trop mauvaise pour envoyer un avion de sauvetage, même si la situation l’aurait imposé. Quand les conditions de glace ont enfin changé, les occupants du bateau nous ont remercié d’être restés en communication avec eux. Ce genre de scénario arrive plusieurs fois par saison.

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«Le changement des conditions de la glace a allongé la saison de navigation, et il a une incidence sur ceux qui entreprennent la traversée»

Conjointement avec le Centre régional des opérations de la Garde côtière canadienne basé à Montréal, nous coordonnons aussi les brise-glace, qui peuvent fournir une assistance à des navires dans certains cas. Je peux imaginer le soulagement que les personnes ressentent quand ils voient arriver ce gros bateau rouge. Je pense que les gens ont une opinion plutôt bonne de l’action de la Garde côtière en Arctique.

Je travaille au sein de la Garde côtière depuis ma première affectation à Iqaluit, en 1967, à bord d’un brise-glace. À l’époque, nous disposions de nombreux postes reculés, dans lesquels j’ai travaillé avant que les progrès technologiques les rendent obsolètes. 2007 était censé être ma dernière année, mais j’ai eu envie de retourner en Arctique pour une dernière affection. C’est une région passionnante. On est impliqué dans tout ce qui touche à la mer. C’est très difficile d’arrêter. Chaque année je pense que ce sera la dernière, et pourtant, je suis toujours là !

La partie la plus intéressante du travail est le fait qu’on aide les gens. C’est encore plus important ici, en Arctique ; le territoire est vaste et reculé et les habitants n’ont que peu de ressources. Vous pouvez vous retrouver à plus de 150 kilomètres du secours le plus proche, et en cas d’accident, cela peut prendre beaucoup de temps avant que quelqu’un ne vienne. Nous donnons aux personnes l’information dont elles ont besoin dans ce genre de situation. Par exemple, quand un navire est pris dans les glaces, nous essayons de contacter le bateau le plus proche pour qu’il apporte une assistance. C’est ce sentiment d’aider les personnes dans le besoin qui me motive à continuer de travailler.

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Un été dans l’Arctique Map it

Par Line Cottier, une Suissesse de treize ans originaire de Zurich qui parcourt le monde avec sa famille à bord du catamaran Libellule.

Détroit de Bellot, Nunavut

Je m’appelle Line Cottier. J’ai treize ans et j’ai franchi le passage du Nord-Ouest à bord d’un catamaran.

Avant de partir à l’aventure dans l’Arctique, nous avons passé une année à sillonner le monde, puis nous avons vécu pendant un an en Chine, à Shanghai. S’il y a bien une chose dont je ne me lasse jamais, c’est de voyager, car je découvre plein de nouvelles choses passionnantes avec ma famille. C’est l’occasion d’essayer de nouvelles activités, d’aller à la rencontrer d’autres cultures, de voir des paysages et d’apprendre des choses sur de nouveaux pays. Pendant mes loisirs, j’aime écrire des histoires, écouter de la musique et faire de la photo. Mon rêve serait de devenir auteur ou journaliste quand je serai plus grande. Pendant l’été 2013, ma famille et moi avons vécu une fantastique aventure : à bord du Libellule, notre catamaran, nous avons franchi le légendaire passage du Nord-Ouest, de l’Arctique canadien à l’Alaska.

«Voyager en Arctique n’a rien eu à voir avec ce que je connaissais déjà»

Voyager en Arctique n’a rien eu à voir avec ce que je connaissais déjà. Pour commencer, le soleil ne se couchait pas avant minuit, il ne faisait donc presque pas nuit. Ensuite, les eaux étaient glaciales, impossible de se baigner, même si mon père et ma grande sœur ont fait de la plongée là-bas – c’est dingue, je sais ! Enfin, il y avait très peu de neige, nous avons vu beaucoup de paysages verts, bruns et gris, sans arbres. Et puis, ce qu’il y a d’unique en Arctique, ce sont les icebergs, avec leurs formes spectaculaires, et les glaces flottantes, et aussi tous les animaux – bœuf musqué, renard polaire, phoque, baleine boréale, morse – et bien sûr, la couleur des maisons des petits villages groenlandais.

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«Nous craignions de devoir faire demi-tour et tout abandonner»

Le passage du détroit de Bellot, encombré par les glaces, a été le moment le plus fort de notre expédition. Durant plusieurs jours en août, nous avons dû attendre avec deux autres bateaux dans la baie de Fort Ross, un endroit fortement exposé, qu’un passage s’ouvre. Pendant que nous patientions, nous avons étudié les dernières cartes des glaces et nous avons chanté le chant The Northwest Passage avec les autres bateaux ! C’était rassurant de savoir que nous n’étions pas seuls. À plusieurs reprises, nous nous sommes aventurés dans le détroit, mais la force des courants et les glaces flottantes rendaient la traversée trop dangereuse. Tout le monde à bord était stressé car nous savions que plus nous attendrions, plus le passage serait périlleux. De plus en plus de glaces dérivaient depuis le nord et la saison avançait, nous craignions de devoir faire demi-tour et tout abandonner. La cinquième nuit, j’ai été brutalement tirée de mon sommeil par le bruit sourd des glaces cognant contre la coque. En levant les yeux, j’ai vu mon premier ours polaire sur une plaque de glace dérivante. Il était grand, vraiment impressionnant, et son pelage était blanc-jaune. C’est l’un de mes souvenirs préférés !

Malgré cette magnifique rencontre, nous étions tous très frustrés car un énorme pan de banquise de 100 mètres de long nous empêchait de venir à bout du détroit de Bellot. Peu après, nous avons aperçu un brise-glaces canadien, le Henry Larsen, qui dégageait le passage pour un bateau de croisière russe, le Akademik Ioffe, et un bateau à moteur, le Lady M. Nous (les trois voiliers) avons essayé de le suivre aussi vite que possible, mais la glace se refermait trop rapidement.

Et puis, il s’est passé quelque chose de fantastique : le brise-glaces a rebroussé chemin, rien que pour nous ! Libellule, notre catamaran, était le dernier à emprunter la voie et comme notre bateau était le plus large, nous avons quasiment été pris en étau par les glaces. Le bruit des blocs cognant contre la coque était terrible. Je préfère ne pas imaginer ce qui se serait passé si nous avions ralenti. Nous débordions d’adrénaline, et, une fois de l’autre côté, nous avons sauté de joie et nous nous sommes pris dans les bras.

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«J’ai compris beaucoup de choses sur le réchauffement climatique en constatant ses effets au quotidien»

Nous avions beaucoup de temps libre à bord. Nous en profitions pour entretenir le bateau, mais aussi faire de la pâtisserie, lire, jouer de la musique, sortir en kayak, jouer aux cartes, pêcher ou ramasser de délicieuses moules pour nos repas. Au passage, j’ai écrit des nouvelles et travaillé à mon roman de fantasy que je compte bientôt publier.

Ce voyage m’a énormément appris. J’ai compris beaucoup de choses sur le réchauffement climatique en constatant ses effets au quotidien. Chaque année, les températures augmentent, ce qui affecte les glaciers de l’Arctique. Les glaciers reculent petit à petit, et par conséquent, la température de l’eau augmente. Sans la glace, une bonne partie de la faune de l’Arctique ne pourrait pas survivre. Ça me frustre et ça m’agace ! Pourquoi ne nous soucions-nous pas plus de l’environnement ? Je sais, la solution n’est pas simple, mais chaque détail fait la différence, du plus petit au plus grand. Je pense par exemple que toutes les maisons devraient avoir des panneaux solaires et que les déchets devraient être intégralement recyclés, et que tout le monde devrait rouler en véhicule électrique. Ce ne sont que des suggestions modestes, mais si chacun apporte sa pierre à l’édifice, ça peut faire la différence !

Notre fantastique expédition m’a fait grandir. Je suis devenue plus forte, plus attentive à l’environnement et à présent, je sais des tas de chose sur l’Arctique. Je suis aussi très fière d’avoir navigué sur le premier catamaran de croisière à avoir franchi le passage du Nord-Ouest. J’espère que je pourrais continuer à voyager et à vivre des aventures passionnantes comme celle-ci!

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