Polar Sea 360°

Épisode 07

À la croisée des chemins

La revendication de notre culture Map it

Par Tanya Tagaq Gillis, interprète de chant guttural récompensée par plusieurs prix. Native de Cambridge Bay, au Nunavut, elle y a également grandi. Tanya a enregistré avec son groupe deux albums encensés par la critique, Sinaa et Auk/Blood. Elle compte également quelques expériences au cinéma, avec les films Le journal de Knud Rasmussen, This Land et son clip Tungijuq, récompensé en 2009 par le Prix du Meilleur court-métrage au Festival du film et des arts médiatiques autochtones imagineNATIVE.

Cambridge Bay, Nunavut

La première fois que j’ai pratiqué le chant guttural, quelque chose s’est réveillé en moi. C’est devenu une façon pour moi d’exprimer ma culture inuit. Je ne m’étais jamais intéressée à ça, jusqu’au jour où ma mère m’a envoyé des cassettes de chant guttural. J’avais une vingtaine d’années, et c’est tout de suite devenu une passion.

Pour être honnête, c’est quelque chose de naturel pour moi. J’ai l’impression que cette musique s’impose à moi sans me laisser d’autre choix. Je m’inspire de sons qui existent déjà. Je me contente de les extraire de leur contexte, et à travers ma voix, d’autres personnes découvrent à leur tour ce qui est déjà là. Je n’ai pas cherché à faire les choses ainsi, c’est venu naturellement. J’ai envie d’offrir aux gens quelque chose d’assez inattendu par le biais de ma musique. Malgré son aspect expérimental, j’ai l’impression de ramener le chant guttural à ses origines. Les chants que l’on considère aujourd’hui comme des traditionnels, quelqu’un les a bien créés un jour. Aujourd’hui, à mon tour, je crée de nouvelles chansons, j’invente de nouveaux sons. Qui sait comment cela sera perçu dans 100 ou 200 ans ? Autrefois, les gens chantaient bien directement dans la bouche les uns des autres ! Mais depuis que la culture occidentale a pénétré dans la nôtre, personne ne sait plus ce qu’étaient réellement les traditions anciennes.

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«Les gens du Sud sont arrivés et, du jour au lendemain, notre culture est devenue sauvage, mauvaise, et néfaste…»

Avant l’arrivée des missionnaires, des militaires et des représentants du gouvernement canadien dans le Nord, nous avions notre propre système de croyances. Aujourd’hui, une grande partie de la jeunesse semble souffrir d’un sentiment de honte. On a l’impression que la société actuelle est faite pour nous empêcher de nous sentir bien dans notre peau. Les gens du Sud sont arrivés et, du jour au lendemain, notre culture est devenue sauvage, mauvaise, néfaste, et il fallait que nous leur ressemblions davantage. Le christianisme a apporté la honte. On a arrêté de pratiquer le chant guttural. Quant on décourage la créativité, les cultures n’évoluent plus. Il est important pour moi d’abolir cette honte. Si, au cours de ma carrière, je peux aider ne serait-ce qu’une seule personne à se sentir bien, alors j’aurai fait mon travail. Du moment que ça touche quelqu’un…

«A travers ma musique, je m’efforce de renvoyer au monde sa propre image»

A travers ma musique, je m’efforce de renvoyer au monde sa propre image. Je suis persuadée que chacun a en lui ses propres sons, ses instincts, mais que personne ne les écoute plus. Les gens sont trop occupés à faire travailler leur esprit, ils n’écoutent plus leurs sentiments. Il est difficile d’avoir une bonne opinion de soi-même quand on travaille toute la journée entre quatre murs, et qu’on passe sa soirée dans une voiture, avant de rentrer se coucher, là encore, entre les quatre murs d’une chambre. La société joue exactement le même rôle que ces quatre murs, elle nous enferme dans un certain mode de vie. Nous sommes censés tous aller dans le même sens et personne ne doit dévier de la route. Quelles conneries ! Il est temps que nous commencions à prendre soin de nous-mêmes sur le plan émotionnel et spirituel, et je tiens à porter haut et fort cette idée.

La musique me permet de tourner la page, d’oublier tout ce mal que nous avons fait à notre environnement et que nous nous sommes fait à nous-mêmes. Au quotidien, je réfléchis beaucoup à la vie, mais pendant mes concerts, je n’y pense plus une seule seconde. Non, au contraire, je plonge dans mon subconscient, pas nécessairement dans le but d’oublier, mais pour laisser sortir ce qui s’y trouve. Je suis à la poursuite de cet état de plénitude totale auquel on n’accède que de temps en temps, comme quand on court une très longue distance, quand on savoure un plat absolument parfait ou quand on donne la vie. C’est seulement dans ces instants-là, que l’on a pleinement et totalement conscience de l’instant présent. On ne se soucie pas un instant du passé ni de l’avenir. C’est exactement ce que nous devrions éprouver, si nous n’étions pas enfermés. Je recherche ce sentiment encore et encore, à travers l’art, le sport ou le chant.

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«Je suis en colère car le Canada estime être un beau pays multiculturel, alors qu’il est encore profondément raciste»

Ma musique se nourrit aussi de ma colère envers les conséquences du colonialisme et l’Etat du Nunavut. La vie est difficile, en particulier ici, où les abus sont monnaie courante. C’est dur ! Un certain nombre de choses me mettent hors de moi, mais ce n’était pas le cas avant que je commence à voyager et à découvrir comment vivent les autres. A partir de là, j’ai été exaspérée par la situation socio-économique du Nunavut. Mes voyages en Europe, par exemple, m’ont permis d’éprouver beaucoup plus de respect pour les « Blancs », car j’ai découvert les racines de leur culture. Soyons honnêtes, depuis deux mille ans ils n’ont cessé de se battre pour le moindre petit bout de terre existant. Les Européens étaient un peuple de guerriers, donc quand ils ont débarqué sur nos terres, ils se sont montrés fidèles à eux-mêmes.

Je suis en colère car le Canada estime être un beau pays multiculturel, alors qu’il est encore profondément raciste. Vous n’avez qu’à regarder le moindre reportage sur les autochtones, qui circule sur le Net. On lit des vagues entières de commentaires qui disent : « Quand les autochtones vont-ils enfin tourner la page ? » et « Les peuples aborigènes devraient arrêter de demander la charité. » Le problème, c’est qu’à l’école publique, on n’enseigne pas à proprement parler l’histoire des peuples autochtones. On n’apprend pas aux enfants qu’avant le colonialisme et le système des traités, les aborigènes étaient des peuples puissants et indépendants qui vivaient en harmonie avec la nature. Résultat, plus tard, ils voient des documentaires sans être capables de replacer les choses dans leur contexte. C’est vraiment douloureux, d’être conscient de tout ça.

En se rendant en Allemagne avec mon groupe, nous avons remarqué que les choses étaient différentes là-bas. Il subsiste, en quelque sorte, un sentiment de honte vis-à-vis de ce qui s’est produit pendant la Seconde Guerre mondiale. J’aimerais que ce soit pareil au Canada. J’aimerais qu’on rende hommage aux autochtones canadiens victimes d’un génocide systématique. Je souhaite simplement qu’on nous traite avec respect et qu’on enseigne correctement notre histoire.

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«Les gens sont libres d’en retirer ce qu’ils veulent, puisque je chante sans paroles»

Je suis convaincue que les Canadiens sont des gens bien, mais je crois aussi que si nous étions correctement éduqués, on se comprendrait un peu mieux les uns les autres. Nous avons tous notre part de travail à faire. Il faut que les peuples aborigènes, le reste des citoyens et le gouvernement travaillent main dans la main pour que les choses s’améliorent.

Ceci étant dit, je ne cherche pas à mâcher le travail de qui que ce soit par le biais de ma musique. Les gens sont libres d’en retirer ce qu’ils veulent, puisque je chante sans paroles. Quand je chante, je puise simplement dans les émotions que m’inspire une situation, et j’espère que les gens seront suffisamment intelligents pour comprendre d’où ça vient. Lorsque je m’exprime sur scène, la dernière chose dont j’ai envie, c’est de pointer qui que ce soit du doigt. Ce n’est pas le but. J’évoque l’amour, la compréhension, l’entraide, et à aucun moment je ne porte de jugement. Je ne peux pas en vouloir au reste du Canada de ne pas comprendre les souffrances des peuples autochtones, mais j’ai la conviction que si nous rétablissons la vérité, ils seront de notre côté. C’est une vision idéaliste, je le sais, mais il est toujours permis d’espérer.

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L'homme blanc passe en premier Map it

Par Manfred Becker, réalisateur et monteur canadien-allemand. Dans son travail, il aime explorer les histoires personnelles et les traumatismes liés aux problèmes historiques ou contemporains. Lors de son séjour à Cambridge Bay, Manfred aborde l'histoire complexe de la ligne DEW (ligne avancée d'alerte précoce) et la façon dont « l'homme blanc » continue de façonner le Nord en fonction de ses propres besoins.

Cambridge Bay, Nunavut

Rick Chaulk, responsable d’une station de la ligne DEW, a travaillé dans le Nord pendant presque 30 ans. Originaire de Bonavista, en Terre-Neuve-et-Labrador, il me raconte : « Un jour, j’ai vu un ours polaire hisser un phoque hors de l’eau. C’est ce genre d’expérience qui rend supportable les longs hivers dans l’obscurité. – Même s’il fait moins 45° ? je demande. – Ce n’est pas une question de météo, il faut juste choisir les bons vêtements. » J’imagine qu’ayant grandi sur la côte est de Terre-Neuve balayée par les vents, où des bourrasques de 80 km/h sont monnaie courante, la météo extrême de l’Arctique n’est pas une préoccupation pour lui.

Rick gère une station perchée sur une colline, au-dessus du hameau de Cambridge Bay, dans le territoire du Nunavut. En dehors des baraquements peints en gris, ce qui caractérise l’installation sont trois dômes futuristes qui abritent des équipements radar à la pointe de la technologie. « Cette structure fait partie d’un réseau de stations radar qui ont été construites en Alaska, au Canada et au Groenland dans les années 50, pour prévenir l’Amérique du Nord de l’arrivée d’objets volants, amis ou ennemis. », m’explique Rick patiemment. « La ligne DEW [Distant Early Warning Line, ou ligne avancée d’alerte précoce] est le projet militaire en temps de paix le plus imposant et le plus ambitieux de l’histoire de l’Arctique. Elle a apporté la vie moderne et le travail salarié aux Inuit, ce qui a eu des conséquences à long terme sur leurs traditions de chasse et de trappe. » Selon Rick, les chefs d’équipe disaient aux Inuit qu’ils employaient de ne pas parler de leur travail sur la line DEW à leurs proches, et du coup ceux-ci croyaient que « quelque chose se tramait, là-dessous ».

Je savais que la ligne DEW avait été planifiée, construite et financée par les États-Unis, même si la majorité des 63 stations était située au Canada. Mais ce que j’ignorais, c’est qu’au début des années 60, peu de temps après leur construction, 21 stations de la ligne DEW avaient été décommissionnées. La ligne DEW était devenue obsolète dans cette nouvelle phase de guerre à l’échelle mondiale, qui s’appuyait sur une technologie nucléaire avancée et des missiles balistiques intercontinentaux. Rick m’explique que la ligne DEW a été remplacée par le Système d’alerte du Nord (North Warning System) en 1991, un système qui opère à l’intérieur des stations de la ligne DEW et utilise une technologie de défense de pointe.

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«La ligne DEW a apporté la vie moderne et le travail salarié aux Inuit, ce qui a eu des conséquences à long terme»

Le Système d’alerte du Nord, pour lequel Rick travaille actuellement, est géré par le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). C’est un système de radars qui surveillent l’espace aérien dans le but de défendre les frontières de l’Arctique, au nord de l’Amérique. Quand je demande à Rick quelle puissance étrangère pourrait bien avoir envie d’envahir le Nord, Rick répond sans sourciller : « Nous continuons de repérer des objets non identifiés sur nos écrans radar. Même après la chute du communisme, des pilotes russes pénétraient notre espace aérien, juste “pour nous provoquer”. »
Ces dômes m’évoquent des monuments légèrement surréalistes de la guerre froide. La ligne DEW a apporté la médecine moderne, l’alcool et les films hollywoodiens aux habitants du Nord, et elle continue de symboliser la différence entre ces deux cultures. Les Inuit canadiens ont plus en commun avec les communautés indigènes de Sibérie qu’avec leurs compatriotes résidant au sud. Est-ce que la guerre froide les concernait, de toute façon ?

C’est la fin du mois d’août, et après les longues nuits lumineuses du milieu de l’été, le ciel s’obscurcit désormais après minuit. La surface blanche d’un de ces dômes nous sert d’écran. Nous projetons dessus un des symboles iconiques des relations compliquées entre « nous » – les gens du Sud – et « eux » : Nanouk l’Esquimau, le film avant-gardiste réalisé par Robert Flaherty. Un « documentaire » de 1922 qui relate la vie ordinaire d’un Inuit que Flaherty a baptisé Nanouk.

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Pour beaucoup de gens du Nord, le film de Flaherty est insultant. Dans une scène, Allakariallak, l’homme qui interprète Nanook, écoute un disque sur un gramophone. Fasciné par le son, il met un bout du disque dans sa bouche et essaie de le croquer. Tanya Tagaq, une chanteuse de gorge inuit de Cambridge Bay qui a mis au goût du jour cette forme de chant traditionnel, donne le point de vue Inuit sur l’œuvre : « Le film se déroule chez les Inuit, mais en fait, il montre ce que les gens du Sud pensaient de nous. La scène du gramophone continue de me mettre très en colère, est-il possible d’être plus condescendant que ça ? » Tanya a grandi avec ces dômes tout en haut de la colline ; elle les regardait chaque jour en se rendant à l’école, se demandant à quoi servaient ces structures.

«Les séquences mises en scène perpétuent le mythe du noble sauvage»

Si la ligne DEW est une simple affaire de géostratégie – une stratégie militaire visant à nous positionner plus près des « Rouges » -, le préjugé de Flaherty est dicté par son admiration pour Allakariallak et son peuple, qui lui inspirent ce portrait « d’un Esquimau intrépide, sympathique et insouciant ». Flaherty fait aussi du Nord un protagoniste à part entière : Nanouk se bat contre la nature, et pourtant il est façonné par elle et par la terre sur laquelle il vit.

Mais dans Nanouk l’Esquimau, comme dans d’autres documentaires qui entendent dépeindre la réalité, il y a une supercherie. C’est un fait que Nanouk n’a pas existé et que Flaherty a créé son personnage. De plus, le personnage de Nanouk interprète la vie de ses grands-parents, pas celle d’un Inuit de son époque. Par exemple, Flaherty lui a fait utiliser une dangereuse méthode de chasse au morse que les Inuit ont abandonné depuis longtemps au profit des armes à feu. Et dans une scène de chasse au phoque, Flaherty a utilisé un stratagème pour simuler la lutte du phoque pour sa survie, alors qu’en réalité celui-ci était mort depuis un bon moment…

En regardant les images de Nanouk et de sa famille sur le dôme de la ligne DEW, je me demande pourquoi Flaherty a rendu leurs vies plus difficiles qu’elles n’étaient à l’époque. Les séquences mises en scène perpétuent le mythe du noble sauvage : leur mode de vie paraît intemporel et inchangé, non affecté par le monde moderne. Flaherty s’est emparé du mythe de la race en train de mourir et l’a changé en art.

Nanouk l’Esquimau illustre notre tentative de « préserver » la culture indigène traditionnelle, mais peut-être qu’il réussit mieux à dévoiler la perception de ce qu’est un indigène aux yeux d’un homme blanc. Flaherty a déclaré : « Je veux rendre compte de ces traditions avant qu’elles soient perdues. » La culture inuit ne s’est pas « perdue », elle a plutôt été transformée sous notre influence, celle des gens du Sud. Considérez que plusieurs générations après la production de ce film, les Inuit de Cambridge Bay continuent de vivre dans l’ombre des dômes, en s’adaptant à notre peur du communisme. Le fait de projeter notre image du ‘’noble sauvage’’ sur notre monument de la guerre froide crée un lien entre deux histoires uniques, et exprime le même sentiment, qu’Anaïs Nin a décrit ainsi : « Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, nous le voyons tel que nous sommes. »

Note de la Rédaction

Aggie signifie “homme blanc” et c’est ainsi qu’Allakariallak, l’homme qui “joue” Nanouk, a appelé le réalisateur Robert Flaherty quand celui-ci est allé lui demander s’il accepterait d’être filmé avec sa famille pour le documentaire Nanouk l’Esquimau, qui sortirait en 1922.

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À qui appartient le Passage du Nord-ouest ?

Frank Griffiths, a professor Emeritus of international politics at the University of Toronto, talks with Polar Sea 360 writer, Kyla Garvey about the complicated relationship between Arctic sovereignty and the Northwest Passage. Griffiths has been writing and speaking about the Arctic and regional affairs of the circumpolar North since 1969.

Qu’est-ce que le Passage du Nord-Ouest ?

R : L’Arctique canadien commence, en gros, à la limite des arbres. Il continue vers le nord et se termine par un vaste archipel distant de plusieurs centaines de kilomètres du Pôle Nord. Entre ces îles, il y a des voies qui sont navigables certaines parties de l’année. Les îles sont très variées et les conditions de glace changent constamment, ce qui explique qu’il puisse y avoir un grand nombre de routes. Le Passage du Nord-Ouest désigne cette série de chenaux qui permet de relier l’Atlantique Nord à la mer de Beaufort, puis à l’océan Pacifique, en passant par les eaux canadiennes au milieu de l’archipel.

Q : Pourquoi le Passage du Nord-Ouest est-il un sujet si important à l’heure actuelle ?

R : Le Passage du Nord-Ouest est devenu un sujet important avec le changement climatique. La diminution de la couche de glace dans la région entraîne l’ouverture de nouvelles routes maritimes, ce qui facilite l’accès aux gisements de minerais et autres ressources, et raccourcit l’itinéraire entre l’Europe et l’Asie. Lors de mes visites dans l’Arctique, j’ai été fasciné par la beauté de cet environnement où cohabitent des hommes et des animaux sauvages, mais je m’inquiète aussi de ce qui lui arrive.

Q : À qui appartient le Passage du Nord-Ouest ?

«Si notre gouvernement veut réellement garantir sa souveraineté et son contrôle incontesté sur le Passage du Nord-Ouest, il doit renforcer l’occupation Inuite»

R : Le Canada revendique sa souveraineté sur les eaux entre les îles de l’Archipel arctique, mais il y a une zone grise. Dans la pratique, sa souveraineté est entière, mais d’un point de vue légal, elle est seulement partielle, puisque le Canada ne contrôle pas toute la région à 100%.

Pour comprendre la question de la souveraineté sur le Passage du Nord-Ouest, prenons l’analogie suivante : disons que je suis propriétaire d’une maison avec un jardin au fond de la cour. Au fil des ans, plusieurs personnes ont utilisé une partie de mon jardin comme sentier. Il est là depuis des années et, même s’il traverse en partie mon jardin, je ne peux empêcher personne de l’emprunter. Ces personnes ont un titre historique. La différence avec le Passage du Nord-Ouest, c’est l’absence de titre historique sur les eaux de l’Archipel. Les voies maritimes ne sont utilisées pour le transit entre l’Atlantique et le Pacifique que depuis peu.

Q : Quelle est la position du Canada ?

R : Le Canada estime que les eaux de l’Archipel arctique sont sous sa pleine et entière souveraineté, ce qui lui donne le droit de prendre seul toute décision le concernant. Le pays contrôle les ressources et tout ce qui transite par les eaux du Passage du Nord-Ouest. Jusqu’à présent, nul n’a contesté la souveraineté du Canada, c’est-à-dire le droit reconnu internationalement d’exercer une juridiction exclusive à l’intérieur d’un territoire délimité.

Ce qui est contesté, c’est son droit d’autoriser ou non la traversée du Passage du Nord-Ouest. Les Etats-Unis et la plupart des autres pays considèrent le Passage comme un détroit international, une voie maritime reliant deux océans ouverte à tout le monde. Le Canada considère pour sa part qu’il fait partie de ses eaux intérieures, au même titre que le lac Winnipeg. Les Etats-Unis disent que le Canada n’a aucun droit de restreindre la circulation des biens, des sous-marins ou des navires marchands. Ils craignent que si le Canada a gain de cause, il ferme le Passage du Nord-Ouest, ce qui créera un dangereux précédent et aura des contrecoups sur d’autres routes maritimes internationales.
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«La souveraineté du Canada sur les routes maritimes de l’Archipel arctique est bien réglementée, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir»

Q : Pensez-vous que des conflits puissent éclater dans la région en raison de ce différend ?

R : Non, du moins pas dans l’immédiat. Le Canada ne fait pas de gros investissements destinés à encourager la navigation dans le Passage. S’il devait jouer un rôle important, ce serait plutôt pour renforcer la sécurité et développer des voies de transport commerciales liées au développement des ressources plutôt qu’au simple transit.

La souveraineté du Canada sur les routes maritimes de l’Archipel arctique est bien réglementée, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir. D’autres pays ont des revendications territoriales dans l’Arctique, comme l’île Hans ou la ligne de base droite de la mer de Beaufort. Une partie des Canadiens craignent que les Russes viennent envahir la région pour forer du pétrole, mais c’est totalement absurde. Si quelqu’un contestait la souveraineté du Canada sur ces eaux, nous trouverions un règlement à l’amiable ou nous saisirions la Cour internationale de justice de la Haye.

Q : Pourquoi le Canada tient-il tant à affirmer sa souveraineté dans l’Arctique ?

R : Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le Canada veut pouvoir contrôler les navires qui empruntent le Passage du Nord-Ouest pour des raisons environnementales et socio-économiques. Les îles qui bordent les routes maritimes sont peuplées, faiblement peut-être, mais il s’agit de citoyens canadiens. Deuxièmement, nous sommes très attachés à notre identité nationale. Nous sommes un pays où les gens, même s’ils vivent au sud et préfèrent aller en Jamaïque plutôt que dans le Grand Nord, se qualifient de peuple « nordique » ou « arctique ». Les gouvernements libéraux et conservateurs ont longtemps cultivé cette identité nationale. M. Harper, en particulier, s’est fait le champion de la souveraineté dans l’Arctique. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement du Canada continue de négliger la meilleure façon d’affirmer sa souveraineté.

La revendication de sa souveraineté sur les chenaux qui constituent le Passage du Nord-Ouest est basée en partie sur ce qu’on appelle le titre historique. Ces eaux sont habitées et exploitées depuis des millénaires par les Inuits, un peuple désormais canadien. Si un jour nous sommes amenés à nous défendre au tribunal, le Canada fera valoir son titre historique. Mais si notre gouvernement veut réellement garantir sa souveraineté et son contrôle incontesté sur le Passage du Nord-Ouest, il doit renforcer l’occupation inuite.

Le gouvernement du Canada a signé un traité avec les Inuits, mais il ne respecte pas ses engagements. L’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut confère des droits aux Inuits dans de nombreux domaines comme l’éducation et l’emploi pour leur garantir un avenir meilleur. On voit des choses qui feraient scandale dans le sud. Si le taux de suicide chez les adolescents était aussi élevé que dans le nord, on ferait quelque chose. Nous devons aider les Inuits et tenir nos promesses.

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Les routes inuites Map it

Par Claudio Aporta, professeur argentino-canadien associé au programme des Affaires Marines de l’Université Dalhousie. Aporta est co-auteur du projet Pan-Inuit Trails, une initiative consistant à redessiner les cartes modernes du Nunavut. Cet atlas interactif a permis de répertorier plusieurs milliers de kilomètres de routes historiques à travers ce territoire, ainsi que des centaines de lieux-dits traditionnels baptisés par les Inuits.

Nunavut, Canada

Sur une carte ordinaire du Canada, l’Arctique, qui représente 40 % de sa masse continentale, apparaît désert et très faiblement peuplé. Le reste du Canada, en revanche, est cartographié en détail et la plupart des infrastructures que nous utilisons pour le transport sont tenues pour acquises. Les réseaux complets de rues, routes, autoroutes, trottoirs, pistes cyclables et sentiers pédestres ne sont pas seulement visibles, ils sont définitivement gravés dans nos paysages, sur les cinq continents. Ils nous permettent, quel que soit notre moyen de transport, de nous déplacer à travers une région ou d’une région à l’autre et, à différents égards, ils sont une preuve historique de notre présence et de notre vécu dans les endroits où nous nous sommes établis.

Dans l’Arctique, les Inuits, leurs ancêtres et leurs prédécesseurs, ont exploité de la même manière leur terre, leurs côtes et leurs océans depuis des millénaires, à ceci près qu’en dehors des cartes dessinées par les premiers explorateurs ou commerçants européens à s’être aventurés dans le secteur, la plupart de ces routes ne sont gravées nulle part ailleurs que dans la mémoire de ceux qui les empruntent. L’histoire culturelle de l’Arctique est niée ou remise en question, de manière implicite ou explicite, chaque fois que l’Arctique est représenté comme une région déserte et désolée, ce qui est souvent le cas dans l’imaginaire populaire, nourri par les récits d’explorateurs, d’aventuriers et autres voyageurs. L’Arctique possède pourtant une histoire riche et les voyageurs inuit, qui ont développé une grande perspicacité et toute une culture autour de cet environnement, voient des traces de leur passé aux quatre coins de leurs territoires, non seulement sur la terre ferme, mais aussi dans les zones maritimes, y compris sur la banquise.

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Peuple de culture semi-nomade, à l’origine d’inventions technologiques merveilleusement légères et efficaces telles que l’igloo, le kayak et le traîneau à chiens, les Inuits ont parcouru de tout temps d’immenses pans de l’Arctique, empruntant des réseaux de routes complexes, pas si différents de ceux développés dans d’autres régions du globe. Ces infrastructures inuit se caractérisent avant tout par le fait qu’elles ne font pas partie intégrante du paysage. Au contraire, les routes inuit apparaissent et disparaissent au gré des saisons. Les pistes se creusent dans la neige au passage des traîneaux, tout au long de l’année. Mais les traces disparaissent sous la neige fraîche, comme après une tempête, ou avec le dégel, au printemps ou en été. Ainsi, bien que les routes inuit ne soient que des traces éphémères sur la neige et la glace, leurs positions géographiques sont pourtant gravées dans la mémoire du peuple et se transmettent avec précision de génération en génération. Ces routes, bien connues, s’étendent sur de vastes distances et relient entre elles différentes communautés établies à travers tout l’Arctique nord-américain. Elles ont également permis à plusieurs générations d’Inuits de migrer vers des zones de chasse et de pêche fertiles, ainsi qu’aux habitants, aux denrées, de même qu’aux idées et aux informations, de circuler de part en part des régions arctiques. Ainsi, les groupes inuit ont-ils pu acquérir la notion de lieu et de région.

«L’histoire culturelle de l’Arctique est niée ou remise en question chaque fois que l’Arctique est représenté comme une région déserte et désolée»

L’Arctique n’est pas l’endroit désert et inhospitalier que les non-Inuits ont décrit à travers plusieurs siècles d’observations et d’expériences. Il fourmille, au contraire, de traces historiques visibles des voyageurs inuit avertis sur leurs trajets en traîneau ou décrites dans les récits de leurs périples. Ces réseaux de routes ne figurent sur aucune carte ou photo satellite de l’Arctique, mais ils existent dans la mémoire des individus et des communautés et ils s’inscrivent dans un ensemble de connaissances géographiques relevant de la tradition orale. Lorsqu’un voyageur décrit une route, les réminiscences de cette route se mêlent à des souvenirs individuels et collectifs d’excursions passées, ainsi qu’à toutes sortes de précisions environnementales et à des noms de lieux en langue inuktitut. Souvent, les Inuits se basent sur les noms des lieux-dits pour décrire les routes, chaque communauté ayant une connaissance parfaite des lieux-dits de sa propre région. On peut se figurer l’Arctique canadien comme étant un réseau de routes reliant entre eux des villages inuit et d’autres lieux symboliques. En outre, l’importance de ces routes doit être reconnue, tant celles-ci sont essentielles à la compréhension de la culture inuit.

Malgré les innombrables changements que l’Arctique et les Inuit ont connu au cours du siècle dernier, dont la sédentarisation des communautés dans des camps permanents, la réussite des négociations de l’accord sur les revendications territoriales et la création d’un nouveau territoire, le Nunavut, ces réseaux de routes continuent d’offrir aux Inuits l’accès à des ressources qui restent capitales et ils demeurent le principal moyen de transport permettant de relier entre elles différentes communautés à travers tout l’Arctique nord-américain.

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Northwest Passage, un chant Canadien typique

Même si le nom de Stan Rogers n’est pas très évocateur, ses chansons typiquement canadiennes sont immédiatement reconnaissables. Stan Rogers était un compositeur poétique dont la musique était fortement influencée par la mer et le style country. Il a grandi à Hamilton en Ontario et est devenu une icône du Canadien traditionnel qui travaille dur. En dehors du cercle assez fermé de la musique folk ou de quelques poches d’admirateurs au Canada, personne n’avait jamais entendu parler de Stan Rogers avant son décès, à l’âge de 33 ans, dans l’incendie d’un avion parti du Texas pour rejoindre Dundas en Ontario.

Northwest Passage, sa chanson la plus célèbre, est devenue un classique de la musique canadienne. Elle a été enregistrée à Halifax, en 1981 sur l’album éponyme. Les strophes martelées a capella par Stan Rogers évoquent l’histoire des premiers explorateurs en quête de la route canadienne qui mène à l’océan Pacifique. À l’aspect historique du voyage se mêlent les impressions de sa propre expédition à travers les vastes étendues canadiennes. La chanson continue d’être largement interprétée autour des feux de camp et lors des festivals de musique folk au Canada.

 
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Une vie sans entrave à bord de La Belle Époque

Par Claudia Kirchberger. En 1995, un besoin de liberté et d'aventure poussent Claudia et son compagnon Jürgen à dire au revoir à une existence ordinaire pour voguer ensemble sur les mers du monde et vivre une vie à la belle étoile.

Nous sommes Claudia et Jürgen Kirchberger. Partir à la voile, c’est notre mode de vie, et nous continuerons de le faire tant que cela nous inspirera et nous fascinera. À bord de notre voilier La Belle Epoque, nous nous rendons dans des destinations lointaines, portés par cette conviction :

Je n’ai pas envie d’une vie rassurante et ennuyeuse. Je veux trouver mon propre chemin, partir à la dérive, foncer dans des tournants dangereux, creuser des terrains inexplorés. Je ne veux pas d’une vie seulement sur la terre ferme. Je veux vivre les océans profonds et le ciel bleu, être libre de ne pas avoir un seul chez-moi, être libérée de l’obligation de faire demi-tour.

Nous ne sommes pas l’équipage classique « le skipper et sa compagne ». Nous nous sommes rencontrés dans mon pays, l’Australie, Jürgen tenait un café-bar dans ma ville natale. À l’époque, Jürgen et moi n’avions aucun rudiment de voile, mais nous rêvions tous deux de parcourir le monde et de découvrir d’autres cultures. Jürgen a développé son goût pour l’exploration de la planète et une vie sans attaches durant sa jeunesse. Sa confiance en soi, son penchant pour la simplicité et son esprit pratique l’ont aidé à vivre en marge de la société ordinaire. Ses opinions légèrement anarchistes et son humour sont des traits de sa personnalité qui l’aident à apprécier l’existence.

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«Nous n’avons pas le sentiment de passer à côté de la vie; L’existence a plus à offrir qu’un seul chez-soi et qu’une vie passée à gagner de l’argent»

J’ai grandi dans la ferme familiale et fait mes études à l’internat. À l’école, j’ai découvert mon aversion de la pression du groupe et de la vie planifiée. Poussée par le désir de connaître davantage le monde, j’ai beaucoup travaillé pour financer mes voyages. Mes principes pacifistes et socialistes, de même que ma soif de découvrir les autres cultures sont les éléments-clés de ma personnalité. Mon chez-moi réside dans ma relation avec Jürgen.

Nous n’avons pas le sentiment de passer à côté de la vie, bien au contraire. L’existence a plus à offrir qu’un seul chez-soi et qu’une vie passée à gagner de l’argent. Chaque nouveau voyage nous apporte quelque chose. Non seulement nous découvrons de nouveaux pays, de nouvelles culture et une nature différente, mais nous en apprenons un peu plus sur nos propres forces. Il y a vraiment tant d’autres choses dans la vie.

Nous avions besoin d’une maison mobile, à même de nous conduire dans des endroits passionnants et de nous offrir la liberté d’y rester aussi longtemps que nous le voulions. Nous avions besoin d’une maison loin de la maison. Voyager en avion puis dormir en hôtel/motel/auberge de jeunesse revient cher, cela ne peut donc pas être une option à long terme, et elle permet difficilement d’atteindre des endroits retirés. Le camping n’est pas non plus une vraie solution parce qu’il ne permet pas de vraiment cuisiner. Et nous tenions à avoir du confort, à nous sentir chez nous. Nous avons voyagé en camping-car un moment, mais ça ne nous convenait pas parce que nous étions dépendants des routes et du carburant.

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«Nous avons fait de La Belle Epoque notre maison»

Nous avons fait de La Belle Epoque notre maison. C’est notre second voilier, un vrai bateau apte à naviguer au large, que nous avons acheté en 2004. Il était très abîmé, alors nous avons travaillé pendant cinq ans pour le remettre en état. Il a été construit par une famille allemande dans les années soixante-dix, et il porte toujours son nom initial, en l’honneur de cette famille qui a accompli une si belle œuvre. La Belle Époque est une période de l’histoire de France où l’économie était florissante, et nous trouvons ce nom adapté parce qu’il nous aide à profiter d’une période extrêmement florissante de nos vies.

Le passage du Nord-Ouest nous a fait prendre conscience de l’ampleur de nos capacités, si l’on se donne la peine d’essayer. Je pense que ça nous a fait beaucoup grandir. La traversée de l’Arctique sur un voilier n’est pas une tâche facile pour un petit équipage. C’était un défi. Chaque voyage est une expérience unique, mais ce périple en particulier a avivé notre intérêt pour les lieux les plus reculés du globe.

Notre conseil à ceux qui souhaitent quitter la société et vivre comme nous est le suivant : « Ne vous contentez pas de rêver. Bâtissez une vision à partir de votre rêve et suivez cette vision. » C’est ce que mon père nous a toujours dit. Cela signifie : « Découvrir ce que l’on veut vraiment, mettre au point un plan et travailler dur pour qu’il se réalise. Ne soyez pas trop ambitieux, au départ. Vous ne ferez grandir votre expérience qu’en faisant et en apprenant. Écoutez ce que vous racontent les autres gens, mais ne croyez pas forcément que leur façon de faire fonctionnera pour vous. Vous devez trouver votre propre chemin, à votre rythme. »

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Fidèles impressions à bord de l’Akademik Ioffe Map it

De Richard Tegnér, architecte suédois et bateau-stoppeur dans l’Arctique. Richard relate son séjour à bord du bateau polaire Akademik Ioffe et partage ses premières impressions face à Cambridge Bay.

24 août - Cambridge Bay, Nunavut

C’est mon dernier jour à bord de l’Akademik Ioffe et je suis tout triste à l’idée de quitter le bateau et tous les gens avec lesquels j’ai sympathisé. Quand je les ai vus pour la première fois à Pond Inlet, je les attendais au Centre communautaire pour assister à un spectacle. Lorsqu’ils sont entrés, je me suis: « Je vais m’ennuyer avec ce groupe de vieux. Qu’est-ce qu’on pourra bien avoir en commun ? De quoi est-ce qu’on pourra parler ? » Comme tous les touristes, ils ressemblaient à une foule anonyme se déversant du navire en tenue polaire (ils portaient tous le même anorak rouge). Des appareils photos étaient braqués dans toutes les directions. J’appréhendais les jours à venir. Mais mes préjugés ont vite été balayés. Je n’avais jamais rencontré autant de gens aussi charmants et intéressants en si peu de temps.

J’ai fait la connaissance de Rick, un médecin à la retraite vivant à Barrie, dans l’Ontario au Canada ; Stephan, un documentariste allemand qui a démissionné de son poste d’ingénieur concepteur à Stuttgart pour faire le tour du monde avec sa femme en Land Rover ; George et Mark, deux aventuriers dont le programme s’intitule « chasseurs de tempêtes » ; Ken, 80 ans, vétéran australien de la guerre du Vietnam, qui écrit son deuxième livre destiné à encourager tous les gens de son âge à explorer le monde avant qu’il ne soit trop tard au lieu de (je cite) « rester assis sans bouger avec une couverture sur les genoux » ; George, originaire d’où ne sait où, presque octogénaire, qui reformulait toutes les questions qu’on lui posait avec un sourire malicieux ; Sal, un promoteur des ventes retraité de New York croisé dans le sauna ; et Esther, d’Israël, qui s’est trouvée une nouvelle passion avec l’aquarelle.

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«Quand je songe que demain, je devrai quitter tout cela, j’en ai les larmes aux yeux»

Ce soir, le bar était super animé. Gus s’occupait des boissons et chauffait l’ambiance. Tout le monde a participé aux jam-sessions. Boris, le chef de projet de l’expédition, a joué du mirliton. Jimmy, membre de l’équipage et naturaliste, du banjo. J’ai déniché une guitare pour les accompagner. Je me suis amusé comme un petit fou (avant et après avoir trop bu). A certains moments, il y avait plus de monde derrière le comptoir que devant. Et pendant tout ce temps, une tempête faisait rage avec des rafales de vent à 110 km/h. Heureusement que les stabilisateurs étaient efficaces.

C’est incroyable comme il m’est difficile de relater mes expériences à bord alors qu’elles font partie des moments les plus heureux de mon existence. Quand je songe que demain, je devrai quitter tout cela, j’en ai les larmes aux yeux. Le chemin du paradis passe par le purgatoire. Je débarquerai une fois qu’on aura terminé notre aventure commune à Cambridge Bay.

Quand je regarde par le hublot et que je vois les eaux noires et les vents glacials du détroit de Victoria, j’appréhende de me retrouver à nouveau dans les dangereux tourbillons. Le long de la côte de l’Alaska, l’eau est libre de glace et il y a peu d’endroits où s’abriter. Et c’est encore tellement loin de Kodiak ou de Nome, les potentiels terminus de mon voyage.

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