Polar Sea 360°

Kivalina est une sorte d’île-barrière, située sur une étroite langue de terre, au nord du cercle polaire. À cause du réchauffement climatique, le littoral de Kivalina n’est plus protégé des tempêtes et des vagues par la glace de l’océan Arctique, et de ce fait il est littéralement avalé par l’océan. Cette terre, qui est le territoire de chasse des Iñupiat depuis plus de mille ans, risque d’être submergée d’ici 2025.

En septembre 2006, la construction d’une digue est votée, pour un coût de plusieurs millions de dollars. Une fois terminée, des responsables du gouvernement fédéral débarquent pour fêter l’événement. Mais une tempête survient et détruit 50 des 550 mètres de la digue. Évidemment, la fête est annulée. Un an plus tard, 250 habitants de Kivalina choisissent d’évacuer la ville, à l’approche d’une tempête risquant de provoquer des vagues de 3,6 à 4,2 mètres de haut et mettant en péril leur communauté, dont les habitations sont à seulement 3 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette triste réalité m’a poussé à orienter mes recherches sur les déplacements de population dus au climat qui ont lieu en Alaska.

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«Cette terre, qui est le territoire de chasse des Iñupiat depuis plus de mille ans, risque d’être submergée d’ici 2025»

Malgré les différentes études sur le sujet financées par le gouvernement fédéral américain et le travail sur place pendant plus d’une décennie, aucun plan n’a été mis au point pour sauver la communauté de Kivalina. Le gouvernement octroie des fonds à d’autres communautés afin de rénover et de reconstruire, mais Kivalina n’y a pas accès parce que les responsables ne pensent pas que les infrastructures sur place puissent être protégées des tempêtes. En outre, pour qu’il y ait « catastrophe naturelle », il faut qu’un événement météorologique extrême ait lieu. Or, ce qui menace la communauté de Kivalina, c’est l’érosion, et elle n’entre pas dans la définition de catastrophe naturelle dans la législation du gouvernement fédéral des États-Unis d’Amérique.

De plus, les États-Unis n’ont pas de structure officielle dédiée au relogement, ce qui signifie qu’aucune agence gouvernementale – au niveau étatique, fédéral ou tribal – n’a l’autorité de pourvoir l’assistance économique ou technique nécessaire à un relogement. Kivalina et les autres communautés dans le même cas sont victimes d’un vide juridique. Le gouvernement ne veut pas financer la rénovation de leurs infrastructures et refuse également de faciliter le relogement de la population. Un cercle vicieux dont se passerait bien Kivalina.

La situation de Kivalina n’est pas unique. Ce qu’il s’y passe est le reflet de ce qui arrivera à toutes les villes côtières. Rappelez-vous quand l’ouragan Sandy a remonté la côte est des États-Unis puis a obliqué sur la gauche pour frapper le littoral du New Jersey à marée haute. Ça a été un énorme coup de semonce pour les gens qui vivent dans cette partie des États-Unis. Cet événement a permis d’éradiquer la croyance profondément ancrée selon laquelle le changement climatique serait un phénomène lointain qu’on ne pourrait observer de notre vivant. Aujourd’hui, on a établi des cartes qui montrent à quoi ressemblera le quartier de Lower Manhattan à New York en fonction du niveau de montée des eaux. Il est sûr qu’il finira sous les eaux, la question, c’est : quand exactement ?

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«La situation de Kivalina n’est pas unique. Ce qu’il s’y passe est le reflet de ce qui arrivera à toutes les villes côtières»

À la question suivante : où iront les habitants ?, je n’ai pas de réponse. C’est déjà complexe avec des communautés indigènes de 400 à 1 000 individus, mais si on se met à parler des millions de personnes qui vivent dans les villes côtières à travers le monde, la conversation prend un tour autrement plus urgent. C’est maintenant que nous devons réfléchir aux endroits où les reloger, pas après que des milliers de gens auront succombé à une tempête.

La fonte des glaces dans l’océan Arctique est une preuve du changement climatique, de même que la hausse rapide des températures. Selon une étude récente, les températures d’octobre à Barrow, en Alaska, ont augmenté de 7,2 °C entre 1979 et 2012. En 2012, on a enregistré le niveau de glace le plus bas dans l’océan Arctique, et en 2013 les spécialistes du climat ont déclaré qu’il pourrait bien n’y avoir plus du tout de glace en été dans l’océan Arctique, et ce, dès 2020. Ceci va avoir des conséquences terribles, car l’océan Arctique est un des climatiseurs naturels de notre planète.

Partout où je vais, je rencontre des gens qui ne croient pas au changement climatique. C’est tragique, car celui-ci est bien en train de se produire. La disparition de la glace dans l’océan Arctique est tangible, c’est une preuve visible du changement climatique. Il faut vraiment que nous changions notre relation de dépendance vis-à-vis du charbon, du pétrole et du gaz. Les habitants de Kivalina, de même que ceux de Shishmaref et de Newtok, ont fait tout leur possible pour protéger leurs communautés des changements environnementaux dus au climat et sonner l’alarme quant à leur situation désespérée auprès de la délégation de l’Alaska au Congrès des États-Unis, des représentants du gouvernement et du public. Le changement climatique est un facteur de tension additionnel pour des communautés déjà stressées en raison d’un accès limité aux ressources. Les industries qui ont profité des énergies fossiles devraient impérativement apporter les ressources nécessaires à ces communautés, qui ont besoin de financement et de technologie pour s’adapter.

«La disparition de la glace dans l’océan Arctique est tangible, c’est une preuve visible du changement climatique»

J’ignore quelles décisions prendra Kivilina ou les autres communautés confrontées au problème du relogement. Il n’existe pas de chemin tout tracé. Aucune directive n’existe aux États-Unis qui informerait les communautés des étapes à suivre en vue d’un relogement. Pourtant, tous les êtres humains ont le droit d’être protégés face aux répercussions d’un changement climatique mettant leur vie en péril.

Note de la Rédaction:

Comme solution, Robin a proposé une « gestion gouvernementale flexible » reposant sur la doctrine des droits de l’homme. Face aux changements environnementaux engendrés par le réchauffement climatique et affectant l’habitabilité de leur lieu de vie, les populations pourront choisir parmi un éventail de solutions, allant de la protection sur place au déménagement. L’un des éléments clés de la doctrine des droits de l’homme est le droit à l’autodétermination. Les individus, ménages et communautés doivent pouvoir décider eux-mêmes s’ils veulent ou non déménager.

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